Nous étions dans la poule A, avec le Crossing Schaerbeek, et ses russes du Palatina de Moscou, Herstal et Neupré. La ligue refusant d'accepter l'alignement d'un de ses judokas, Neupré jeta l'éponge. Nous n'étions plus que trois clubs. Un à éliminer.
Nous eûmes d'abord le Crossing. Six russes montèrent sur le tapis. Tous de bleus vêtus. Ils étaient les seuls de cette couleur, sans doute pour se démarquer.
Djamel Kaouane blessé, son frère Malik entama les hostilités. Immobilisé. Miguel Toril Garcia se vit refusé un waza, qui fut attribué à son adversaire. Et les arbitres l'évincèrent ensuite d'un ippon. A mon sens, quand l'adversaire tombe sur les pieds et la tête en pontant…
Vint la première bonne surprise du jour. Samuel Soudant, aligné d'emblée, marqua la russe de manière tout à fait inattendue, un russe qui fut champion du monde junior il y a deux ans. En quittant le tapis, il disait "Je ne l'ai pas fait exprès","Comment j'ai fait ?" . Samy Gamby s'inclina ensuite d'une erreur d'inattention. Frédéric Duquénois, face à un russe surpuissant, enfoncé dans le tapis, ne fit pas illusion. Quand à Jean-christophe Crapet, sans entraînement, face à 40 kilo de plus, se vit lui aussi marqué. Défaite 5-2
Mais le moral restait bon. Les russes s'avéraient prenables. Un désir de revanche naissait.
Herstal fut ensuite une formalité. Sauf pour Fred, qui se blessa au bras et à l'épaule. D'après lui, elle sortit quand il tomba et fut remise quand son adversaire lui atterrit dessus, juste après. 5-2
Nous avions sauvé les meubles. Nous restions en division d'honneur, notre seul but avoué en venant à Charleroi.
Nous n'étions que trois dans la poule. Nous avions eu vite fini. Dans l'autre, à quatre, ils durèrent. Emergèrent Braine et Igw. Exit Mons de la division d'honneur.
Nous, second de notre poule, devions rencontrer le premier de la poule B. Ce fut Igw.
Il fallait être vainqueur avant Frédéric, que celui-ci puisse se ménager pour la finale.
Le chose fut faite, et mieux encore, puisque les quatre premiers combats furent pour le top. Malik dégoûta son adversaire à point tel que celui-ci jeta l'éponge avant le terme du combat. Hamid Moussaoui ne fit qu'une bouchée de son adversaire. Damiano Martinuzzi, aligné pour ce combat malgré son retour du japon la veille, gagna au jus. Il manquait d'énergie et sa volonté fit la différence. Quand à Medhi Ghesad, rentrer, tasser, avancer, jeter.
Bernard passa alors la consigne de laisser aller les combats. Le match était gagné, il ne servait à rien de perdre de l'influx.
Samy laissa aller, jusqu'à keikoku. Et presque sans le faire exprès, il plaça un juji, à 45 secondes de la fin. Ippon. Frédéric ne tenta même pas de combattre, il se réservait pour les russes.
Nous en étions alors tous à tenter de calmer Malik, frustré qu'il était de n'avoir pu amener son combat à terme quand, du tapis, vint une clameur: Jean-Christophe venait de marquer un ippon après quelques secondes de combat. Au grand étonnement de tous. 'Mentalité de combattant", dit alors son père du bord du tapis.
Même quand Bernard demande la pédale douce (rien à voir avec le film du même nom), ils ne peuvent s'empêcher d'y aller jusqu'au bout.
Arriva la finale. Et l'ours russe, le Crossing Schaerbeek, à mettre à terre.
Sont sélectionnés Malik, Hamid, Samuel, Medhi, Samy, Frédéric, Jean-Christophe.
Malik, deux cœurs et quatre poumons, jette le russe.
Hamid, persuadé de pouvoir prendre le meilleur sur son vis-à-vis, se retrouve les quatre fers en l'air. Mais il ne lui manquait pas grand'chose.
Samuel ne put rééditer son exploit. Il fut soulevé comme un fétu de paille et jeté à terre.
Avec l'arrivée de Medhi, ce fut 2-2. Mais il n'avait personne en face de lui.
Vint Samy. Le russe était planté dans le tapis. Samy se dégagea de l'étau des bras et commença à le balader, pour terminer victorieusement. 3-2
Frédéric. Blessé. Il entama le combat courageusement. Mais avec un seul bras valide, il ne pouvait pas beaucoup. 3-3
Jean-christophe marchait de long en large, sur le bord. Il me dit "tu vas voir, ça va être 3-3 et ce sera pour moi". Il avait vraiment la plus mauvaise place. Le russe faisait 40 kg de plus que lui. Sautillant, rageur, Jean-Christophe tourna autour de son adversaire, qui se prit des pénalités. Et quand le colosse bleu tenta un mouvement de jambes, me semble-t-il, Jean-Christophe s'écarta et d'un mouvement de bras le jeta sur le dos. Ippon. 4-3 pour le top.
Bernard n'en revenait pas du travail accompli. Il avait jusqu'au yeux humides.
Ce qui nous a valu cette victoire ? L'esprit de famille, les rangs resserrés.
Une mentalité comme cela, ne s'invente pas, ne s'improvise pas. Et quand il n'y a pas de dissension, tout va.
Vous me taxerez de subjectivité, et vous aurez raison. Car, voyez-vous, je suis membre de ce club où tout est possible. Vous venez de lire mon dix décembre, tel que je l'ai vu, tel que je l'ai vécu. Et si vous considérez que j'ai travesti la vérité, c'est que vous aussi, vous avez un point de vue subjectif, une autre réalité. Celle-ci est la mienne. J'en suis fort aise.
Conclusion? La fête, évidemment. Le 22 décembre. Vous en êtes?
Philippe